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Rencontres Sino-françaises en Chine

Premières Rencontres Sino-françaises en Chine

Des échanges fructueux sur la santé mentale des jeunes

Dr Thierry Delcourt, Collectif francophone de pédopsychiatrie

Je me suis rendu en Chine du 13/9 au 27/9 2026 pour y représenter le collectif francophone de pédopsychiatrie dans le cadre de l’exploration approfondie en cours sur les conditions de soin et de prévention sociopsychoéducative dans le but d’assurer une meilleure santé mentale pour la jeune génération actuelle, de la naissance à l’âge adulte. Ce voyage autofinancé, a bénéficié de l’excellent accompagnement de Feng Shang, amie chinoise vivant en France depuis l’âge de 25 ans, et qui a une connaissance de son pays comme des singularités françaises. De plus, elle dispose d’un réseau de relations étoffé qui a grandement facilité l’approche délicate d’un pays différent du nôtre, avec sa langue complexe, sa culture passée et actuelle qui nous est étrangère, une Nation où tout est numérisé et dématérialisé sauf, heureusement, les relations humaines.

Ces rencontres se sont tenues à Pékin, Tianjin et Shanghai avec des échanges professionnels et humains de qualité et des conférences que j’ai assurées dans ces trois villes universitaires. Les rencontres de terrain avec les enfants, les parents et professionnels ont eu lieu dans les écoles publiques, dans de rares écoles privées tolérées par le gouvernement (maternelle à méthode Montessori, école sur le mode Freinet, école adaptée pour les enfants à besoins spécifiques sans étiquetage clinique a priori…). Des échanges approfondis avec des étudiants de l’université de Nankai à Taijin ont permis d’entendre les confidences sur leurs parcours scolaires éprouvants, compétitifs. Ce parcours qui se clôt par le fameux GaoKao, est source d’effondrement dépressif, d’angoisse et de plus en plus de suicides. Le gouvernement chinois, alerté par les professionnels de pédopsychiatrie, peu nombreux et dépassés par ces troubles sévères des jeunes alliant angoisse, phobie, décrochage scolaire, épuisement dans ce contexte de grande souffrance, prend aujourd’hui conscience de la détérioration de la santé mentale de sa jeunesse dans un pays et un monde de plus en plus concurrentiel. L’enfant en général unique, choyé mais sur qui repose les aspirations parentales vit un fossé, une fracture entre le milieu familial exigeant, fragile mais protecteur et le monde scolaire encore plus exigeant et sélectif. La journée d’un élève chinois commence tôt et finit très tard. Elle est centrée sur une activité scolaire intense, très cognitive, peu créative, et surtout où se réduit notaoirement l’activité physique.

Notre rencontre dans le grand hôpital pédiatrique à Pékin, Beijing Children’s Hospital avec son directeur, Mme la conseillère pour la santé, les affaires sociales et le travail de l’Ambassade de France, la directrice du département de la coopération internationale chargée de la santé pour Pékin et deux pédopsychiatres a confirmé leur grande préoccupation sur ces questions. Comme en France, le gouvernement commence à en faire une grande cause nationale avec espérons-le, un résultat plus opérant qu’en France. On peut faire confiance à l’efficacité légendaire du peuple chinois et de son gouvernement lorsqu’une telle mobilisation est déclarée : moyens humains et matériels, recherche, engagement du peuple.

Dans ce contexte, j’ai aussi participé à un séminaire sur le lien entre santé mentale et physique, et sur la place du sport en Chine. De passionnants intervenants qui, au-delà du constat de baisse de l’activité sportive au profit de la compétition scolaire, font des propositions et les réalisent. L’obstacle de taille est que pour l’instant, ces initiatives restent en général privées avec un coût financier sélectif. De mon côté, je leur ai fait un état des lieux de ce qui se passe en France en essayant de ne pas être négatif malgré la réalité inquiétante dans les établissements scolaires, la vie civile, l’éducation, avec pour conséquence les troubles et pathologies en nette augmentation.

Si on peut tenter un comparatif dans le statut réservé à l’enfant et à l’adolescent, il faut le faire en se dégageant des idées reçues sur la Chine sans toutefois idéaliser ce qui se joue ailleurs ni calquer des situations en apparence similaires mais fondées sur des systèmes et des effets assez différents. Même si les symptômes se rejoignent, ils ne sont que des symptômes à comprendre à partir d’études cliniques et non à coup de catégories et d’acronymes neurodéveloppementaux.

À systèmes politiques et pédagogiques différents, soins différents et préventions différentes ! Nous avons réfléchi ensemble sur sept indicateurs sensibles en termes de santé mentale dont la dernière étude PISA, le suicide des jeunes adolescents, les troubles d’attention et de cognition, les troubles d’identité, les pathologies anxiodépressives, les aptitudes physiologiques et physiques, la consommation d’écrans en la distinguant selon le type et l’usage. C’est entre autres sur tous ces points que je suis venu pour mieux comprendre et affiner nos analyses au sein du CFPP, lors d’un séjour très riche, sans repos ni tourisme (ce sera pour une autre fois). Loin des idées reçues et des déductions hâtives, dans une réalité surprenante et contrastée qui n’est pas sans lien avec ce que vit la jeunesse française, ce sera peut-être l’apport au sein des pays francophones qui affinera l’équation en apportant de lumineuses solutions à des problèmes très préoccupants. Nous saurons éviter les déductions et raccourcis simplistes y compris pour les enfants à besoins spécifiques et l’épineuse question de leur inclusion socio-scolaire. Il y a des sujets sensibles qui n’ont pas été abordés directement afin de ne pas mettre en porte-à-faux nos interlocuteurs mais nul doute que si le gouvernement chinois prend à bras le corps la santé mentale des jeunes, nous parviendrons bientôt à le faire.

Nos amis chinois sont aussi demandeurs de ce partage de situations et de propositions, l’accueil que j’ai reçu en témoigne. Sachant mon affinité de recherche sur la créativité et le processus de création, ils m’ont interrogé avec une soif de comprendre et surtout d’y faire une place tant dans l’enseignement que dans les soins psychiques et la prévention, en évitant ainsi autant que faire se peut les médications invasives. Mon accompagnatrice Feng Shang ayant fondé L’Académie de l’Asie ainsi qu’une association culturelle et une galerie d’art, il nous a été demandé de faire une conférence-débat où la curiosité et l’attention furent intenses, et les questions nombreuses.

En lien avec ces nombreux contacts organisés ou impromptus qui se sont enchaînés tout au long des 15 jours, nous avons été bien accueillis par Floriane Bougeard, représentant l’Ambassade de France de Pékin. Elle a aussi facilité notre entrée dans des établissements qui n’ont pas, en Chine, l’habitude de ce partage spontané et indépendant pouvant être vécu comme une intrusion suspecte. Mais le pont est aujourd’hui ouvert pour poursuivre et approfondir nos échanges sur la santé mentale, les soins et la prévention pour la jeune génération et les futures.

Rendez-vous est donc pris en France 5 au 7 octobre 2027 pour un Forum Interpsy « La jeune génération et sa santé mentale » coorganisé par le Collectif Francophone de pédopsychiatrie au sein d’Alfapsy International et les associations partenaires dont l’Association Culturelle France Chine et d’autres avec lesquelles les contacts sont pris dès à présent.

Thierry Delcourt

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Et voici quelques photos de ces rencontres :

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